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"Don't pay any attention to the critics – don't even ignore them." Samuel Goldwyn

Extrêmement fort, incroyablement près et intensément mitigé

Il est assez étonnant de voir à quel point on valorise, voire sacralise, les prix décernés. C’est somme toute assez  »normal » dans la mesure où un jury de professionnels du milieu, ici cinématographique, a jugé l’œuvre comme étant supérieure à d’autres dans une compétition qui est  »évidemment » objective. On ne peut douter qu’il en soit autrement. Aussi lorsqu’une production peut au moins prétendre à l’Oscar du meilleur film, titre suprême s’il en est, l’idée vient assez vite en tête que non seulement il serait intéressant de voir ce qui mériterait cette récompense mais aussi que l’on va forcément, ou presque, passer un bon moment de bout en bout et en ressortir sens dessus dessous. Vous savez, ce genre de film qui change notre vision des choses, nous procure une sorte de révélation, d’épiphanie, d’apothéose des sens, de nouvelles nuances de couleurs, une sensation d’exister plus intense, une respiration presque douloureuse, et tout ça durera au moins… jusqu’au lendemain. Bref en somme du grand cinéma, du cinéma qui lui fait mériter son titre de Septième Art et ce avec des majuscules.

Ayant été nommé aux Oscars comme aux Berlinales, bénéficiant d’une aura de sympathie, tiré d’un livre à succès et riche d’un casting sonnant juste, on peut attendre d’Extrêmement fort et incroyablement près un minimum de qualité une fois les lumières éteintes. Certes, il ne faut pas avoir d’a priori et tout cela ne préjuge de rien mais on ne peut jamais complètement s’en empêcher. D’autant plus que Stephen Daldry nous a habitués, avec Billy Elliot entre autres, à un certain niveau de qualité, notamment dans la direction d’enfants.

Et en effet, Thomas Horn interprétant le rôle principal d’Oskar Schell, première apparition au cinéma à son actif après sa confidentielle célébrité en tant que gagnant de Jeopardy!, mérite que l’on reconnaisse un jeu souvent très juste. Les seconds rôles ne sont pas en reste et rien ne vient réellement déranger le spectateur sur ce terrain. Pas plus d’ailleurs que sur celui de la réalisation. L’esthétique est soignée, de nombreux plans millimétrés et on se plaît à apprécier plusieurs séquences uniquement pour un cadrage, des couleurs, une ambiance. C’est d’ailleurs cela qui sauve ce film en définitive : les passages à  »débit rapide » de l’enfant, illustrés par des images et sons qui prennent à la gorge et arrivent à faire apparaître littéralement le sens du titre, à le rendre prégnant, sont véritablement des clefs essentielles. De la même manière, plusieurs passages sans musique, avec seulement des sons (et l’importance du téléphone), ou d’ailleurs sans aucun son, sont les paliers permettant d’entrer dans l’œuvre.

On note donc plusieurs choses. Ce sont l’absence de musique, la simplicité et une orchestration ponctuellement juste qui touchent. Si les rôles sont en grande partie bien interprétés, on saluera notamment la performance de Max von Sydow contrebalançant les excès du film, les dialogues ou plus simplement le script dans son ensemble restent inégaux en qualité. Et enfin, sur ce sujet risqué de l’après 11 septembre, on peut se laisser séduire par le ludisme de la quête de cet enfant, par les portraits de tous ces inconnus, par cette paranoïa et cette étrange dépression qui ont été peu montrées sous ce jour mais on reste en quelque sorte frustré.

Non seulement le mélodrame est excessif à plusieurs reprises et sonne même parfois faux ou naïf mais en plus de cela, le personnage principal se révèle aussi agaçant qu’attachant. Il sera peut-être même dur pour certains de percevoir les failles permettant de se glisser au sein d’une vision intimiste et positive du film. C’est peut-être vraiment ce qu’est cette œuvre après tout, une suite de failles. Certaines, à peine perceptibles, sont précisément celles amenant à toute la sensibilité du film. D’autres, par trop évidentes, conduisent à voir sa sensiblerie mal distillée.

Cela étant dit, l’ensemble reste de bonne facture et mérite un visionnage au moins pour la réalisation si ce n’est pour le jeu d’acteur. Évitant l’écueil du mauvais goût sur un sujet aussi propice à l’accident de parcours, il n’en demeure pas moins que l’on reste mitigé à la sortie de la salle. Ce qui aurait pu se révéler être une œuvre majeure, et y touche presque, manque son but et laisse un sentiment d’inachevé, un goût de presque grandeur à la limite entre qualité et mièvrerie.

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