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"Don't pay any attention to the critics – don't even ignore them." Samuel Goldwyn

La Dame en noir tisse sa toile

Il faut bien se l’avouer, ce qui nous a attiré dans cette salle c’est pour partie une bande-annonce relativement efficace alors que le scénario ne transcende en rien le genre et que le casting reste sans figure notable. Enfin sans aucune qui soit notable hormis celle de Daniel Radcliffe bien évidemment, celle-ci restant la raison majeure de notre présence devant cette production. Nous l’aurions volontiers regardée sur petit écran bien plus tard autrement. En réalité ce film d’épouvante qu’est « La Dame en noir » serait resté plutôt confidentiel s’il n’avait été servi par feu Harry Potter pour son premier rôle après la saga du jeune magicien. Tous l’attendaient au tournant tout comme La Hammer, mythique société de production de films d’horreur et d’épouvante. Avec celui-ci, elle tente de faire un retour depuis les reculées années 1950. Pari réussi ou échec cuisant ?

Il semblerait que ce soit ni l’un ni l’autre. C’est d’ailleurs problématique et un peu dommage,  le fait d’obtenir un résultat d’une qualité mitigée n’étant jamais très agréable.
Comme déjà évoqué, le scénario reste extrêmement classique : Radcliffe campe un jeune notaire criblé de dettes et veuf devant sauver son emploi et donc, logiquement, se rendre dans un vieux manoir pour régler une succession hasardeuse. Il fallait bien sûr que cette bâtisse soit non seulement hantée, mais en plus que notre brave Harry, pardon, Daniel sous les traits d’Arthur Kipps, ne songe pas un instant qu’il pourrait éventuellement trouver un autre emploi et ne pas risquer sa vie une seconde de plus. Mais bon, il faut bien au film un brin d’obstination irrationnelle sinon le genre horreur aurait quelques soucis à se faire.

Tout à fait crédible dans le rôle, Daniel Radcliffe reste cependant peut-être trop sérieux, son visage n’exprimant pas une palette d’expressions tellement variées. Mais ayant perdu sa femme et étant obligé d’errer dans des marais hantés pour payer de vulgaires factures, on peut comprendre son léger désarroi. En dehors de sa performance, pas de foncière erreur de casting. Un univers crédible nous est offert dans cette Angleterre aux accents gothiques. Seule légère dissonance, une impression de tourner en rond dans les mêmes lieux, encore et encore. Alors, bien sûr, cela peut ajouter à la tension, à la désorientation, à l’angoisse, mais aussi à une certaine frustration de ne pas en voir plus. Beaucoup de films se cantonnent à des huis clos, mais tout l’art est de faire passer l’effet comme allant de soi.
Cela mis à part, tous les détails d’un grand classique du genre sont là, jusqu’à la moindre toile d’araignée, au plus petit candélabre, au papier peint écorné, à la photo rayé, au cimetière en forêt, à la vitre sale, à la musique enfantine, aux lumières qui s’éteignent. Bref, tout est là et tous les ressorts maints fois expérimentés y passent. Répétons le encore une fois : classique au possible.

Mais alors si le scénario ne révolutionne rien, si les effets sont attendus et que Daniel Radcliffe est correct mais sans plus, que reste-t-il ? Et bien pas grand chose et c’est bien là le problème. Le film est de bonne facture, ne fait pas de fausse note mais ne surprend pas réellement. Avec un peu d’esprit de déduction on pourrait presque deviner chaque scène à l’avance. Vous me direz alors qu’il n’y a aucun intérêt à payer pour quelque chose de cet ordre. Et bien si.

Même si le public le plus touché restera un petit cercle d’amateurs du genre, et que les effets restent connus, ils sont indéniablement très bien gérés. Si on peut reprocher un manque d’innovation, on ne peut pas accuser James Watkins de ne pas maîtriser son sujet. Particulièrement pendant la première nuit – pourquoi faut-il toujours qu’ils passent des nuits dans les lieux les plus glauques ? – durant cette première nuit donc, passée au manoir, aucune seconde de répit ne nous est laissée. On sursaute tout en ayant cette sensation d’oppression, très bien gérée tout du long. Si après cela, les sursauts se font plus rares, moins violents ou plus espacés, et que la fin n’est pas exactement l’apothéose attendue, on se fond avec plaisir dans ces marques surannées des grandes œuvres d’épouvantes qui nous ont bercées par le passé. On aime retrouver cette doucereuse familiarité sortie avec doigté de la naphtaline et, même si l’on flirte par instants avec le kitsch, on se plaît à frôler ces effets d’un autre temps. Ce temps de la Hammer. Cette dernière se paye les services d’une star contemporaine sauvant ainsi sa production d’un effet de niche. Le mariage est étrange et n’éblouit pas, mais il n’ennuie pas non plus et séduit indéniablement.

Alors amateur d’œuvres au goût de passé ou néophyte souhaitant entrer dans le cinéma d’épouvante sans trop s’y risquer, ce film ravivera ou éveillera en vous un plaisir comme une angoisse aux échos désuets, mais toujours envoûtants.

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