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"Don't pay any attention to the critics – don't even ignore them." Samuel Goldwyn

Projet X : le « Projet » d’une génération ?

Il y a quelques temps déjà que le  »buzz » a été lancé. Si personne n’y a réellement cru, c’est tout de même par ces quelques mots que s’ouvre en substance le film  »Projet X » : la production remercie les contributeurs ayant fournis les images incluses au montage final et s’excuse auprès des autorités locales de Pasadena, Californie, pour les dégâts occasionnés.
Au moins c’est dit, l’ambiance est posée.  Réaliste, c’est ce qu’affirme être cette pure fiction, bien sûr grandement tournée en studio. Déjantée, c’est également ce qu’elle revendique être dès sa bande-annonce qui ne laisse d’ailleurs que présager de ce que nous réserve véritablement le  »Projet X ». Mais qu’est-il vraiment en réalité ?

Le scénario est digne des meilleurs  »teen movies », enfin quand je dis  »meilleurs », jugez par vous-même : trois adolescents sont sur le point de fêter l’anniversaire de l’un d’eux. Plutôt du genre à être socialement inexistants, ils décident d’en faire un événement les réhabilitant aux yeux de tous. Mais l’un d’eux a des ambitions un tout petit peu plus grandes pour ce qu’il veut transformer en la fête du siècle, la faisant entrer dans la légende. Évidemment il ne faut pas oublier d’inclure une amie d’enfance, un amour contrarié, des jeunes filles et jeunes mâles – et beaucoup plus de filles, sinon ce n’est pas drôle – de 25 ans qui prétendent en avoir 16, des jéroboams d’alcool, des pluies de drogues, une piscine, le tout saupoudré de musique à fortes basses . Voilà, le décor est planté.
Pour rappel et de façon peut-être plus frappante, l’histoire se base donc essentiellement sur : un anniversaire, énormément de monde, des clichés, de la démesure, une fête, une nuit, fin du film.

Mais après tout pourquoi pas, il suffit de savoir à quoi s’attendre. Il devient alors facile de se laisser tenter par les phrases d’accroche, alors même qu’une petite excitation commence à sinuer le long de votre échine.
La technique du  »found footage » initié par le  »Projet Blair Witch » – encore un « projet », à croire qu’il faut justifier l’effet d’inachevé – consistant, comme son nom l’indique, à considérer les bandes comme  »trouvées » et filmées en amateur par les personnages eux-même, ajoute à l’immersion et au côté totalement décomplexé du film. Cette technique ne fonctionne en général pas trop mal même si elle peut avoir tendance à vite devenir confuse, à la limite du vomitif en quelques occasions. Certains pourront en avoir soupé après REC, Cloverfield, plus récemment Chronicle et bien d’autres, elle a été exploitée et ré-exploitée, à bon escient ou pas. En l’occurrence, un charme demeure associé à cette méthode nous plaçant au cœur des choses. Elle était en tous les cas la plus indiquée ici et les caméras distribuées aux figurants ajoutent définitivement à l’ambiance de la fête.

De toute manière avec Nima Nourizadeh aux commandes, réalisateur de clips autour de l’univers de la nuit, et Todd Phillips à la production, l’homme se cachant derrière les deux  »Very Bad Trip » et  »Date limite », nous étions en droit de nous attendre à du rythme, de l’exaltant, de l’excès.
Et pourtant, que remarque t-on le plus de prime abord ? Des stéréotypes, du connu, de l’attendu et même une apothéose dans le comportement absurde autant que peu crédible du père.
Le ton reste plaisant, le jeu d’acteur acceptable et la bande son nous emporte progressivement mais sûrement pour peu qu’on ne soit pas réfractaire au hip-hop ou à l’électro. D’un autre côté, l’humour est lourd, souvent sexiste, les situations ne relèvent pas le niveau alors que les relations entre les protagonistes restent des plus classiques, on pourra d’ailleurs citer en vrac : les plus jeunes voulant entrer à la fête et y réussissant, l’ami déjanté qui a toujours un plan de secours, l’ami réservé qui finira par se lâcher, la meilleure amie que le  »héros » va vexer pour mieux – facilement – la reconquérir, le dénouement socialement positif, et un nain en colère. Parce que oui inclure un nain fait toujours son petit effet… sans mauvais jeu de mot.
Alors forcément on est en pleine image d’une fête  »à l’américaine » qui ne fait rien de plus qu’être poussée à l’extrême au niveau taille comme invités ou encore dégâts. Donc entrer dans la salle en s’attendant à voir  »La Liste de Schindler » peut tout logiquement décevoir, bien que la tentation soit forte, je le conçois. Et pourtant…

Et pourtant, envers et contre tout, cela marche ! En ne jugeant pas ou à peine, on ri plusieurs fois, osant dépasser le sourire, on assiste à la plus où moins lente glissade, à la perte autant qu’à la prise de contrôle du trio, d’un groupe voire d’une génération toute entière.
Mais par dessus tout si on n’est pas réactionnaire à cette débauche d’alcool et diverses drogues, au sexe  »soft », à l’instrumentalisation des nains, à la dégradation de biens publics – mais surtout privés – au travail des enfants, à la violence gratuite et aux victoires faciles mais jouissives ; bref, si l’on n’est pas choqués par ce qu’est, pour partie, la jeunesse actuelle, si l’on ne se dit pas trop que ce film fait l’apologie de choses qui ne devraient pas être reproduites sur fond de basses à leur maximum, si l’on ne songe pas à une banalisation attractive de pratiques douteuses pour l’intégrité physique ; alors, et seulement alors, on profite de cette énorme décharge d’adrénaline, de cette accélération sans temps mort qui résonne encore en nous un bon moment dans la fraîcheur nocturne, appel insidieux à profiter plus que de raison ! C’est uniquement là que l’on peut partiellement retrouver le rythme, l’exaltant et l’excès « promis ».

Fait totalement déconnecté mais il peut être intéressant de noter que la destruction la plus extrême n’est en rien menée par un personnage de la même génération. Est-ce significatif ?

En définitive, ce film montre-t-il un apogée ? Une déchéance ? Chacun y verra ce qu’il souhaite, évitant de reproduire en allant si loin – même si ce  »si loin » reste plutôt policé – ce qui se révèle être un désastre exaltant, une catastrophe libératrice. Certains on déjà essayé de reconstruire un  »Projet » avec des résultats assez dramatiques de manière générale, donc laissons cela à la fiction de préférence.
Quoiqu’il en soit voici ce qu’il en ressort : oui c’est honteusement superficiel ; oui c’est répréhensible et on ne devrait pas ; oui il n’y a aucun véritable scénario ; oui cela reste du réchauffé poussé juste un peu plus loin ; oui comme d’autres critiques ont pu le dire on  »éteint son cerveau » ; oui c’est vulgaire, un peu  »trash » sans trop l’être ; oui d’un côté le film vend un extrême et reste en deçà ; oui on est à la limite de la crédibilité, presque du malsain. Mais qu’est-ce que c’est bon ! Ensuite, à chacun de faire la part des choses avec sa propre morale. Cela étant dit, ce divertissement demeure réussi ! Et reste un divertissement.

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