CritiCluster

"Don't pay any attention to the critics – don't even ignore them." Samuel Goldwyn

[REC³], petit manuel d’un film manqué

Pour ce troisième volet d’une saga qui s’est révélée être d’une qualité  honorable, on ne pourra pas dire qu’aucun effort n’a été fait. Une réalisation soignée, des acteurs investis, des moyens mis en œuvre, des références, une bonne volonté indéniable, une démarche, des parti pris : autant d’atouts qui auraient pu contribuer à la réussite de cette ‘’genèse’’. Et pourtant.

Les deux premiers opus avaient déjà marqué au travers de leur usage adroit de la technique du found footage, initiée par le Projet Blair Witch. Beaucoup reprise, parfois à tort, ici, à juste titre, l’usage en était assez bien géré et ajoutait une tension bien particulière. Le fait de pouvoir se glisser dans la peau du ou des protagonistes, mais surtout de partager leur champ de vision limité autant que leur impuissance face à l’horreur surgissant devant eux alimentait l’épouvante glauque souhaitée. Légèrement en deçà de l’originalité du premier film et de son huis clos gore adroit, sa suite directe prenait un angle différent dans le même décor. Proche de certains FPS (First Person Shooters), il opérait donc un virage clair vers de l’action plus musclée. L’aspect ‘’démoniaque’’ déjà esquissé précédemment a, lui aussi, été accentué. Avec plus de gore mais moins de tenue d’ensemble, le second chapitre de l’annoncée tétralogie avait donc rempli son contrat, sans plus. Dès lors que l’on en arrive au troisième prolongement de la saga et en prenant en compte la tristement célèbre loi des séries, on ne peut que s’inquiéter de la facture de cette dernière mouture.

Le fait est que le début surprend par son introduction décalée mais ne déçoit pas. En tout cas de prime abord. Chacun y retrouve ses marques avec un nombre de caméras ‘’amateurs ‘’ augmenté pour un mariage dans la plus pure tradition que possède l’institution. D’un seul point de vue dans [REC] premier du nom, on passe à plusieurs caméras avec l’équipe d’intervention du second pour aboutir à deux ici. La pellicule se déroulant – dans comme hors du film – on en vient à assister à la réception qui dégénère en bain de sang – et autres entrailles joyeusement exposées. Alors même que la longue introduction avait posé une certaine ambiance, plutôt sereine, la contamination est retrouvée. Mais si les infectés s’invitent de nouveau à la fête, l’absurde y fait aussi une apparition remarquée.  Parler d’absurde est d’ailleurs peut-être encore trop aimable pour les tentatives d’humour douteuses qui émaillent le reste de la production. Si l’on rit, c’est plus par moquerie et sensation d’une exagération non maîtrisée plutôt que convaincu par un effet comique réussi. Certes, c’est précisément le genre de levier qu’emploi le cinéma de série B, oscillant entre catastrophe du genre et kitsch de qualité. Seulement l’exercice est toujours périlleux et c’est un véritable numéro d’équilibriste qui doit être mené pour ne pas tomber dans le gouffre du ‘’navet’’ achevé. Faire du  »mauvais de qualité » n’est pas si aisé. Hors [REC³] n’évite pas l’écueil.

Paco Plaza, aux commandes, décide de tourner en dérision la pratique de documenter tout et n’importe quoi. L’abandon de ce found footage, par trop utilisé, pourrait être salué s’il n’était l’une des principales forces de la franchise. Enlevé à [REC] cette technique revient à retirer à Star Wars ses sabres lasers ou à Matrix ses agents. Certains saluent ce retour à une réalisation plus propre et travaillée dès que l’on renoue avec les scènes de massacre. Mais le film gagne plutôt en fadeur avec ce retour à un cinéma ‘’classique’’. La nervosité et la tension engendrées par le found footage disparaissent et ce qui renouvelait le film de zombie n’est plus. Soit, pourquoi pas après tout, la démarche peut décevoir mais est justifiable. Le problème qui demeure est néanmoins que rien ne compense cette perte regrettable. L’idée de se diriger vers un scénario à la limite de la parodie à la manière de Shaun of the dead, ou du film de genre tel qu’Evil Dead, reste lettre morte. Les scènes se voulant drôles font d’abord sourire avant de devenir affligeantes. Le kitsch déborde de son cadre. Servi par un jeu d’acteur de moindre qualité et des dialogues à peine plus reluisants, le casting n’y change rien. Il reste bien des clins d’œil à d’autres productions comico-horrifiques mais tellement grossiers et prévisibles qu’ils n’enchantent même pas. Le romantisme est, lui aussi, digne d’un épisode des feux de l’amour, ne sauvant en rien la production.

Ainsi, le choix de rompre d’avec la ligne scénaristique d’origine pose un renouvellement qui est, il est vrai, total mais en revanche vraiment peu heureux. Il est même loisible de se demander si, hormis la télé qui diffuse le reportage du premier opus, la quarantaine des autorités contenant le virus et le mode de transmission dudit virus, ce film a un quelconque lien avec ses aînés. L’aspect religieux qui pouvait en gêner certains dans les deux premiers volets restait dans ceux-ci presque purement théorique. Il se voit cette fois-ci appliqué de manière basique et sans aucune subtilité et rebutera certainement encore plus les militants du caractère de zombies purs et durs des infectés. L’idée religieuse sera éventuellement reprise et réexploitée dans le dernier volet, [REC] Apocalypse, mais en attendant peut aller jusqu’à exaspérer. Par sa mise en scène de peu de valeur, certains qualifient d’ailleurs ses occurrences de ‘’bondieuseries’’.

Il a pu être également souligné que plusieurs idées étaient là pour renouveler l’ensemble voir le genre mais il n’en est rien en définitive. Prenant des clichés et poncifs déjà exploités, pour la plupart, Plaza les utilisent souvent de manière courte et peu convaincante. Le seul élément décalé, inédit et réussi est en fait John l’éponge, sosie raté de son cousin du fond des océans pour des questions de droits. Mais de nouveau, il est peu mis en avant. Autrement, entre la tronçonneuse dans les mains de la mariée qui a un goût de réchauffé, son époux en chevalier aussi inutile que pataud abandonnant son arme à la première occasion, l’épée, avantage évident qui ne sera jamais utilisé, les scènes ratées ne font que s’accumuler. Les passages improbables en font de même. Le film aurait dû durer, en toute logique, jusqu’à l’abandon du found footage et de la seule scène valable du déclenchement de l’épidémie et de l’ouverture des enfers. Suite à cela les protagonistes auraient dû décéder cinquante-huit fois en vingt minutes, ne serait-ce que pour la pauvreté de leur jeu. Excepté tout ceci, entre un instant hors cadre avec un cric et quelques secondes amusantes grâce à un mixeur, les mariés et leurs acolytes n’apportent satisfaction que lorsque l’un d’entre eux perd la vie. Pfiou ! Un de moins !

La fin seule permet d’exulter et j’ai l’extrême gentillesse de vous laisser le privilège de subir toute cette farce d’un romantisme suranné afin d’en découvrir la teneur. Ce spin-off se révèle non seulement décevant mais va même au-delà en nous faisant regretter d’avoir perdu quatre-vingt minutes qui ont parues bien longues. Ces dernières auraient pu être consacrées à une autre production que le bac à sable d’un Paco Plaza se prenant pour Sam Raimi alors même que le filon est épuisé. S’il prend le risque de rompre avec les codes de la saga qu’il partage avec Jaume Balaguero pour une déstructuration parodique il a aussi pris le risque de faillir à cet exercice. Ce fut cette dernière option qui, malheureusement, l’a emporté, magistralement qui plus est.

Cela étant dit, s’il pleut, que vous n’avez vraiment rien à faire, que tous les commerces sont fermés sauf les cinémas, que vous êtes menacé par un magicien unijambiste, et que c’est soit cela, soit une projection d’un intégrale des films impressionnistes allemands non sous-titrés, vous pouvez tenter l’expérience, vous sourirez au moins du ridicule de la chose.

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