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"Don't pay any attention to the critics – don't even ignore them." Samuel Goldwyn

Toucher du bois ne suffit pas !

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Deux choses marquent immédiatement en ce qui concerne cette production : son titre et son affiche. Même si en général cela ne suffit pas, loin de là, à la réussite d’un film, avec ces deux seuls éléments, on peut avoir une assez bonne idée de la facture de l’ensemble. Plus que ce que l’on en imagine sans rien avoir vu, même pas la bande annonce. Mais cela ne devient clair qu’après avoir visionné cette pépite originale du genre.

Le titre, d’abord, renvoie très clairement à la grande tradition des films d’horreur mettant en scène lesdites cabanes perdues dans les plus profondes forêts. On peut retrouver ces chalets dans Cabin Fever, The Cellar, Dreamcatcher, les Evil Dead et autre Détour mortel. Ces petites maisons de bois semblent fasciner les scénaristes et la forêt reste un lieu d’angoisse et de fantastique qui ne se tarit apparemment jamais – parfois à notre grand dam. Ce type de titres que l’on peut aussi voir dans des films tels que La Dernière maison sur la gauche, The House of the Dead ou Amityville : la maison du diable confine presque à l’idée trouvée à la dernière seconde. La simplicité et l’explicite se voient ici tournés en ridicule, mais ça ne deviendra clair qu’après un certain temps de pellicule.

L’affiche, ensuite, fait indéniablement penser à un puzzle, un rubik’s cube ou encore à un casse-tête. La tendance étant plutôt à la franche boucherie et aux litres de sang dans les films se déroulant au fin fond des bois, il peut paraître étonnant de se retrouver face à ce qui requiert une intelligence faisant souvent défaut aux personnages de l’horreur… enfin en tout cas à ceux qui décèdent malencontreusement. Si l’on paye donc attention à ces deux éléments avant même de connaître ne serait-ce que l’amorce d’un début de commencement de scénario, on constate d’ores et déjà un étrange mélange des genres. Entre logique, raison, fantastique, horreur, dérision, complexité comme simplicité il y a une sorte de petit frisson d’anticipation qui court le long de notre échine – du diable… – pour ce qui peut s’avérer être un massacre un peu différent de toutes les mécaniques classiques et rouillées. Dans votre intérêt, ne regardez d’ailleurs pas une seconde du teaser qui tuerait quelques-unes des bonnes trouvailles du film si vous possédez un poil plus d’esprit de déduction qu’un ver de terre – et j’ose l’espérer pour vous ! Si vous ne tenez d’ailleurs à ne savoir aucun détail, même infinitésimal, je ne saurai que vous conseiller d’aller vous faire un thé, prendre un café, boire du bourbon ou faire griller des marshmallows en équilibre sur les mains, voire tout cela à la fois, parce que lire cette critique vous dévoilera quelques petites choses. Rien d’exagéré bien entendu, mais comme tous mes avis j’estime qu’il faut bien entrer un minimum dans le film pour souligner atouts et défauts. En général je me limite aux informations de début de film ou que vous pourriez avoir par un fameux site qui commence par Allo et fini par… enfin beaucoup connaissent la suite. Bref, c’est parti !

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Alors, de quoi a-t-on besoin pour un bon film d’horreur à la Evil Dead ? Puisque oui c’est une des influences plus que majeure de la production en l’occurrence.

Premièrement une forêt entre glauque et accueillante, penchant plus vers le premier à la nuit tombée, bien évidemment. Vient ensuite un groupe d’adolescents plus ou moins stéréotypés et futés, le plus allant aux stéréotypes, le moins à l’intellect. Là encore, on est en terrain connu. Une menace quelconque plane alors sur cette cabane paumée au milieu de nulle part, le genre de vacances que peu de personnes chérissent en réalité – j’ai toujours trouvé ça étonnant qu’un groupe de « jeunes » souhaite jouer aux ermites, même pour faire la fête. Quoi qu’il en soit, que ce soit un slasher fan de dépeçage, une malédiction antique, une marionnette maudite, une créature fantastique obligatoirement avide de sang ou encore un poltergeist, ça va forcément finir de manière horrible. Si vous n’êtes pas au courant ou que vous vous attendiez à autre chose c’est qu’il faut retourner voir Twilight parce que vous vous êtes salement trompés de film. Ou de forêt, au choix.

En voyant donc les grandes lignes du script, on peut songer à un remake raté de ce que Sam Raimi – oui toujours lui – a pu faire et on commence à légèrement déchanter. Mais il suffit de voir les quelques minutes d’ouverture précédant l’écran titre et la discussion entre ces deux employés de bureau pour être intrigué. Quel rapport ? Que foutent ces deux quadragénaires dans notre bon vieux massacre champêtre ? Pourquoi ces laboratoires et ce caractère top secret de la chose ? On redoute dès cet instant un échec critique – voir apparaître un bel écran bleu ne serait presque pas surprenant – avec un scénario péchant par l’absurde plus qu’il n’aurait dû. Mais malgré cet abord qui aurait pu être catastrophique, Joss Whedon et Drew Goddard, co-scénaristes, nous proposent une production qui comporte, certes, des lacunes, mais nous fait applaudir de tous nos membres parce que c’est enfin original, décalé et réussi !

Jouant de leur expérience mais aussi de plusieurs genres et sur plusieurs tableaux, on découvre une sorte d’expérience sadique à grande échelle menée depuis un bunker sur des cobayes humains. Tout ce qu’il y a de plus répréhensible selon les normes en vigueur, mais incroyablement jouissif selon la « nature » humaine. Notre fauteuil est à deux pas de ceux des scientifiques blasés orchestrant la mise à mort de nos cinq innocents jeunes gens (mise en abyme ? Accusation du spectateur comme étant lui aussi blasé par l’horreur ?). On savoure l’humour cynique et grinçant des deux pros tirant des manettes et poussant des boutons, Richard Jenkins et Bradley Whitford faisant des merveilles dans leurs rôles de fonctionnaires désabusés et déconnectés du réel. Plusieurs scènes susciteront un sourire voire un rire franc de ce côté-ci de l’action. De l’autre côté des écrans de contrôle, la réussite est moins prononcée. Bien que caricaturant les ressorts de films plus « classiques » où les protagonistes n’auraient pas deux sous de bon sens, les scènes manquent de mordant et veulent trop convaincre de leur côté drôle et original pour trouver une sincérité et une justesse d’expression convaincantes. Les idées pour justifier du comportement totalement débile des victimes désignées sont amusantes et pas mal trouvées, expliquant ces dizaines d’instants rageants que nous avons tous pu passer devant les attitudes quasi-suicidaires de personnages qui semblent n’avoir jamais vu un film d’horreur de leur vie. Comme si, dans l’univers de ce genre de production, cela n’existait pas et qu’ils ne pouvaient connaître tous les don’t.

18.50

Scream avait déjà innové dans ce filon en utilisant les codes du film d’épouvante contre lui-même, déconstruisant un certain aspect des choses. Ici, bien plus dans la parodie, le cliché comme dans la dénonciation de ce dernier, c’est assez appréciable d’enfin voir chacun agir comme il le devrait et non pour justifier une facilité scénaristique. Alors, bien sûr, ils finissent par reproduire les schémas classique sans se comporter à leur guise. Mais en être empêché par la science et le contrôle de tous les paramètres par d’autres c’est tout autre chose que d’agir bêtement mais en toute liberté. Pourquoi l’athlète doit-il toujours faire preuve d’une bravoure exagérée ? Pourquoi écouter celui qui propose l’idée stupide de se séparer pour avoir plus de chances de « trouver-une-menace-hyper-dangereuse-qui-nous-tuera-et-nous-terrorisera-cent-fois-plus-facilement-un-par-un » ? Pourquoi coucher ensemble dans des endroits absurdes alors que le danger est proche ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses logiques – à laquelle le spectateur songeait – tout comme un changement de comportement illogique dans la foulée – du fait de l’action des scientifiques.

Pour prendre ces décisions il y aura ainsi au casting la fille « facile » et blonde, pas éminemment futée ; la brune, héroïne et plus maligne parce que… et bien parce que c’est comme ça. Elle sera vierge et devra le rester sous peine de catastrophe… rien de plus normal. Le sportif lui se doit d’être attiré par la fille « facile » et de mettre tout le monde en danger de par son comportement macho et totalement irréfléchi. Enfin l’intello, plus posé, sauvera la mise (pendant un temps) alors que le bouffon de service, lui, tiendra étonnement assez longtemps avant de devoir mourir d’une façon forcément comique. Tout cela est présent et nié à la fois. Tout cela devient prégnant parce que tout est calculé, par les techniciens dans leur bunker, dans un but précis que je vous laisse le plaisir de découvrir. Ces « jeunes » en les personnes de Kristen Connolly, Fran Kranz, Jesse Williams, Chris Hemsworth (Thor, The Avengers) ainsi que Anna Hutchison – qui hérite du rôle le plus moisi soit dit en passant –, résistent tous à l’influence qui leur est imposée. Ils échouent, pour la plupart – bah oui, ce ne serait pas drôle sans quelques morts – mais montrent, en somme, l’absurdité de notre rapport à l’horreur, à la fiction ou encore à la représentation.

Bien que l’ampleur psychologique de chacun ne soit pas suffisamment développée et que les scènes d’actions et de sursauts pâtissent de l’ascendant comique, on s’attachera donc en partie à certains d’entre eux, rageant de l’injustice de leur sort. Autant, mourir sous les mains, pattes, tentacules, griffes, crocs, dents, armes, énergies d’une entité horrible suscite peu de rébellion quant au sort de la personne ; autant, se faire manipuler sans aucun espoir de s’échapper par des mecs aux cravates démodées et apparemment sans raison aucune, ça fout les boules. On pardonne dans une certaine mesure à la créature menée par ses instincts ou au psychopathe dérangé, beaucoup moins facilement à une personne intelligente, froide, consciente et calculatrice… et en plus payée pour.

C’est donc le genre de film méta-horrifique qui a pour ambition de déconstruire le genre, d’y jeter un regard amoureux, dans le même temps critique voire quelque peu condescendant sous un certain éclairage. Wes Craven était, dans un tout autre style, peut-être plus subtil et respectueux. Whedon et Goddard se posent, eux, plus dans le grand dérapage, contrôlé en partie, mais pas totalement abouti pour autant. L’apothéose souterraine m’a, personnellement, rendu extatique du fait de tous les clins d’œils et du système rappelant à un certain Cube. Le final après le final, la toute dernière scène après cette débauche d’hémoglobine et de créatures en tout genre a, quant à elle, laissée perplexe beaucoup de monde. Un caméo étonnant mais très plaisant y prend place et une déconstruction comme une explicitation finale ont lieu avant le spectacle sons et lumières qui clos l’ensemble. Beaucoup ont trouvé cette conclusion ridicule, bâclée, hors de propos, à côté de la plaque, kitsch, trop exagérée et j’en passe. J’ai pour ma part apprécié cela comme la digne conclusion de ce grand n’importe quoi. Mais attention, je n’emploie pas ces termes négativement dans la mesure ou un « grand n’importe quoi » peut être – et est pour le coup – très bien fait ! Cette fin m’a donc autant plu que l’absurde et l’exagération pouvant être dénichés dans certains Edgar Wright, c’est pour dire. Effectivement, La Cabane dans les bois laisse davantage une impression de « bac à sable » pas complètement bien ficelé. Mais on apprécie l’audace de vouloir se mesurer à tout un genre et la maestria de ce qui touche au but.

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En définitive, ce qui préside à la création et au déroulement d’un film d’horreur/épouvante ne serait, nous est-il conté, qu’une fatalité, une obligation du sort avec un déroulement forcé. Ce ne serait que l’œuvre d’employés comme tout le monde, cherchant à pimenter leurs journées par des paris ou des blagues. Il est aussi possible, donc, de voir cela comme un constat amer du fait que l’on peut s’habituer à tout et faire fie des pires horreurs dans un système établi et reconnu comme « nécessaire ». Entre délire sous une marijuana salvatrice et tristesse doucereuse d’une société de la reproduction, ce film va plus loin que ce qu’il n’y paraît. Il se prend les pieds dans le tapis de sa propre morgue, rencontre un succès via celui des Avengers, bénéficie d’un public et d’une réalisation en partie télévisuels, manque d’ampleur, de classe et de finesse, reste un peu confus. Mais malgré tous ces défauts, et peut-être même sans le savoir, il charme par sa nouveauté cynique, son ton enjoué et son exagération bien poussée.

Un film à voir, qui suscitera à tous les coups une forte réaction, bonne ou mauvaise. Un film même à revoir pour les amateurs qui n’auraient pas décelés tous les clins d’œils et autres références comme celle à Hellraiser, The Ring, Evil Dead et autres joyeusetés du même calibre. On pourra d’ailleurs noter que ce genre de démarche se répète et est souvent saluée par les connaisseurs. Comme pour le film à venir : Les Mondes de Ralph, prenant place pour sa part dans l’univers des jeux vidéos et que je me ferai un plaisir d’aller voir.

Parce que, après tout, innovation et créativité doivent être saluées quand elles sont bien utilisées. Et elles devraient l’être plus fréquemment. D’accord, pour le coup c’est complètement barré, mais ça vaut vraiment le détour.

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