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On a coupé les fils d’Annabelle

CritiCluster - Critique Film Horreur - AnnabelleSur le papier, cette production horrifique avait beaucoup de points forts potentiels. Une poupée avec une tronche aussi laide que flippante. Un aîné diablement (ahah) efficace : The Conjuring. Des attentes élevées autour d’une franchise prometteuse à la sobriété consommée. S’installer face à l’écran n’aurait donc pas dû être un grand risque.

Mais Annabelle, tout comme la poupée éponyme ne bougeant pas un cil, refuse a priori d’avoir des qualités. Il n’y a pas vraiment d’autres explications au ratage complet – ou presque – qu’est cette mouture commerciale en attendant le deuxième opus des dossiers Warren. La tendance des préquelles, séquelles et autres spin-off explique peut-être la volonté de combler le vide en lieu et place de concentrer les moyens sur un projet bien plus abouti, mais légèrement plus tardif. Doit-on de nouveau blâmer la volonté de capitaliser sur une licence au mépris de la qualité ? Pure recherche du profit ou simple échec cuisant plein de bonne volonté ?

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Une des (très rares) meilleures scènes

L’équipe soudée de James Wan (ici producteur) qui était aux commandes de The Conjuring n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Petit cercle fermé aimant jouer à faire peur, c’est le directeur de la photographie sur ce premier film de la franchise qui se cache derrière la poupée. John R. Leonetti, de son nom, sait donc soigner une image, une ambiance, une lumière et s’applique indéniablement à rendre les années 1970 aussi convaincantes, sobres et authentiques que possible. Le résultat est plus qu’honnête et il réussi bel et bien à nous plonger dans une atmosphère tangible. Voire même à faire quelques beaux éclairages bien flippants ainsi que de magnifiques plans et quelques scènes efficaces.Mais au delà de son domaine de compétences et de certaines bonnes idées et références, le néant. Ou peu s’en faut. Rendant hommage à des plans de L’Exorciste, de Insidious, Scream ou encore de Rosemary’s Baby, les moments où l’angoisse est véritablement présente peuvent se compter sur les doigts d’une seule main. Non seulement le jeu d’acteur est tout juste passable, mais de plus les clichés sont légions. Les incohérences et l’omniprésence de la religion complètent un portrait peu reluisant.

L’histoire commence pourtant avec l’énergie d’un élan gore plutôt bien maîtrisé et de rites sataniques d’actualité à l’époque avec les événements entourant Charles Manson. Le couple des Form, John et Mia, sont, à la suite d’une agression musclée par les membres d’un culte, traumatisés à raison. La possession d’une poupée glaçante entraperçue dans The Conjuring est finalement expliquée au travers d’un rite assez sobre et obscur. Les époux stéréotypés ont même le bon réflexe, après quelques événements peu rassurants, de déménager.
Cependant, les américains modèles avec la mère au foyer et l’homme toujours absent et forcément médecin en devenir, la voisine un peu plus âgée, mais versée dans le mysticisme et le prêtre plus ou moins utile, tout cela a déjà été vu et revu. Certes il est question de faire un film très classique, un hommage, une madeleine de Proust, mais rien ne prend.

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C’est l’amplitude maximum de ses mouvements… wow

Le temps d’exposition est bien trop long. Les plans sur la poupée de même. On attend le mouvement de celle-ci comme le mouvement tout court… peu importe lequel. S’il vous plaît.
Il est expliqué qu’elle ne peut pas bouger, que le principe de la possession par le démon fonctionne autrement. Pour autant c’est chaque fois relativement décevant. D’autant plus que ce type de scènes est très présent tout du long. Sur le principe de « l’objet-qui-attend-que-tu-aies-le-dos-tourné-pour-bouger », même Doctor Who a fait plus angoissant avec ses statues d’anges. Et Doctor Who n’est pas connu pour la flamboyance de ses effets spéciaux.Il est évident que cette mécanique d’une progression très lente aux effets mesurés au gramme prêt est pensée pour faire monter la pression au fur et à mesure. Mais hormis constater les goûts atroces de Mia en terme de décoration de chambre d’enfant et sa volonté manifeste de traumatiser son bébé, peu de choses se passent réellement et c’est bien le problème. Ont été confondu économie de moyens pour un basculement très progressif à la Shining, et absence trop flagrante d’action faisant concrètement avancer l’histoire (ou faisant peur accessoirement). Le fait que les décors soient si peu variés et que tout se joue presque à huis clos dans les deux lieux d’habitation de la petite famille participe de cela. Beaucoup d’autres films ont misé sur l’étouffement d’un lieu unique, mais là où le récent Mister Babadook arrive a créer une dynamique, tout est plus plat chez Annabelle. Bien cadré et avec de belles couleurs, mais plat.

C’est d’ailleurs le problème majeur finalement. Tout est sans relief, cliché et/ou risible. Même le démon faisant une apparition que tout le monde qualifie de tardive est : premièrement, pompé largement d’Insidious jusque dans sa présence au dessus de l’épaule de la poupée ; en second lieu, effrayant une seule fois ; et enfin, ridicule autant de fois qu’effrayant, soit très peu étant donné que l’on ne le voit qu’à trois reprises. Si la scène de l’ascenseur était psychologiquement et plastiquement extrêmement bonne, si quelques jump scares sont bien trouvés, le reste du film semble être une excuse à l’insertion de ce peu de scènes. La poursuite dans la cage d’escalier commençait d’ailleurs sous les meilleurs auspices – bien qu’aucune mère n’irait à la cave en laissant son nouveau né seul dans un appartement, même dans les années 1970… enfin espérons-le – mais le ridicule de l’attaque ne mène pas au final qui aurait pu rattraper le naufrage de bobines insipides. Les brusques gros plans sur un démon qui une fois sorti de l’ombre fait attraction de fête foraine en carton-pâte ne constituent pas une manière efficace de faire peur. Les acteurs de leur côté font de leur mieux avec les pauvres lignes qu’ils ont et le manque d’épaisseur des personnages, relevant de force une production peu en phase avec son temps.

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Le classique du prêtre possédé. Vilaine conjonctivite quand même, hein, faut pas laisser traîner ça.

Ajoutons pour faire bonne mesure une présence assez peu subtile de la chrétienté et un scénario totalement prévisible et l’on obtient… beaucoup d’espoir que le prochain film de cette franchise soit bien meilleur. Dommage que celui-ci ai davantage été un assemblage de clins d’œil d’un amoureux de l’horreur qu’une véritable œuvre cohérente et efficace.

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