CritiCluster

"Don't pay any attention to the critics – don't even ignore them." Samuel Goldwyn

La Dame en noir : l’ange de la mort… plus cliché que le sous-titre ? Ils l’ont fait

CritiCluster - Critique Film Horreur - La Dame en noir 2À l’image de la critique précédente dédiée au spin-off aux dossiers Warren qu’est Annabelle, la suite du film La Dame en noir était autant attendue que redoutée. Enfin, confidentiellement attendue. Très confidentiellement. En fait, c’est plutôt une surprise de voir débarquer cette mouture, mais bon…
Plus officiellement assumée en tant que numéro deux d’une même franchise lorsque le film à la poupée sert de bouche-trou en attendant une véritable suite, il fallait en tout cas d’autant plus confirmer les qualités et relever le niveau d’ensemble du premier opus. C’est à ces conditions seulement que La Dame en noir 2 pourrait potentiellement consolider le redémarrage timide de la Hammer et redonner une gloire un peu plus contemporaine à l’ensemble. Alors, qu’en est-il ?

Malheureusement, cette suite demeure un test, une sorte de confirmation de la résurrection de cette maison de production britannique, pas complètement relevée de son cercueil. Or, après un premier film pouvant charmer, mais boitant un peu, il fallait bien plus qu’un autre exercice de style pour relancer la machine. Là où la notoriété de Daniel Radcliffe avait sûrement boosté les entrées en salle pour le premier du nom – qui avait déjà été critiqué ici – son absence n’aide en rien une suite affadie. Reprenant les atouts du précédent : ce charme suranné et gothique, une photographie soignée, des plans bien trouvés, un classicisme consommé, le nouveau métrage redescend l’ensemble d’un, voire de plusieurs crans.

L’époque d’une sombre fin de XIXe siècle ajoutait indéniablement au lugubre du premier et collait parfaitement à l’ambiance de la maison, aidé par une science fine des effets et lumières. Conventionnel mais efficace, l’ambiance y était palpable et le drame s’installait sur fond de tension sociale entre la population du village et Arthur Kipps. Il y avait un contexte, il y avait une épaisseur, il y avait une certain côté confortable et efficace.

CritiCluster - Critique Film Horreur - La Dame en noir 2

Dingue que la vitre soit « propre » juste au niveau des yeux… sacré hasard !

Ici, nous sommes catapultés en 1941, en pleine seconde guerre mondiale donc et pendant les phases de bombardement intensifs de Londres. Ce cadre est intéressant, le bond dans le temps prometteur et le potentiel dramatique à son comble. Mais outre donner un fond d’histoire aux personnages principaux, cette seconde guerre mondiale ne sera qu’anecdotique et prétexte à l’isolement des protagonistes. En somme ce ne sont plus les entités surnaturelles ou la bêtise des personnages qui les bloquent dans ce cauchemar, mais les contraintes de la guerre. Original, mais hautement sous-exploité malheureusement !

Nous est présentée une classe d’enfants – dont un central et forcément orphelin – la directrice et l’institutrice de ladite classe, ainsi qu’un pilote britannique qui vont rendre visite à la demeure de cette vieille femme psychotique et légèrement obstinée qu’est La Dame en Noir. Sauf qu’à l’image de ce contexte de la guerre qui semble avoir été artificiellement placé là pour les biens du scénario, tout semble être un assemblage forcé de plusieurs mécanismes ou clichés de l’horreur.

On assiste évidemment au retour de la joyeuse matriarche cadavérique et de sa troupe de scouts dépressifs. Mais au-delà de leurs rares apparitions, rien ne semble advenir « naturellement ». Comme dans beaucoup de films de genre, les personnages agissent de manière illogique en allant vérifier « ce-bruit-à-la-cave » avec une lampe à pétrole et sans une bonne barre de fer. Ce fameux bruit de fauteuil à bascule est d’ailleurs plutôt bien utilisé, comme un cœur révélateur pour cette institutrice traumatisée. Cela étant, ladite institutrice lasse un peu à répéter « hello? » dans des lieux flippants, sans une lumière et plein de bruits étranges. Surtout après qu’elle ai compris que quelque chose cloche légèrement. Juste un petit peu. Pourquoi s’enquérir de la présence de ce qui semble complètement terrifiant et potentiellement mortel ? Surtout à autant de reprise qu’elle !

CritiCluster - Critique Film Horreur - La Dame en noir 2

Hello!?

En parlant de terreur et de choses inutiles, il a été reproché beaucoup de superficialité, de facilités, d’effets de manche à ce métrage. Notamment pas mal de jump scares gratuits, voire pire (a.k.a peu effrayants en plus de ça). Et en effet, il y en a plusieurs comme dans une majorité de films du genre et ils peuvent sembler plus que gratuits. On pourrait même se dire que le réalisateur, Tom Harper, les a un peu balancés de tous les côtés en espérant que ça tombe juste. Et pourtant, en étant attentif – et à l’inverse de son aîné très classique délivrant le produit là et quand on l’attend – cette suite essaie de prendre à contre-pied. Aussi lorsque l’on prévoit, par expérience, un effet ou jump scare, il ne vient pas forcément et l’appréhension est quand même maintenue tout du long avec peut-être quelque chose de dérangeant ou glaçant, mais ne faisant pas sursauter. Alors qu’en ouverture de scène, sur un plan où l’on n’attend rien ou là où une réalisation classique nous donne un moment pour souffler, c’est précisément là qu’est placé le sursaut, à contre-temps du rythme traditionnel. Ce qui n’est pas déplaisant et fait son effet. Jouer notamment sur un focus d’arrière plan où l’on s’attend à voir quelque chose et faire surgir tout à fait autre chose en très gros plan, avant même que ce dernier ne soit véritablement installé, est intéressant. Peut sembler gratuit (et parfois l’est un peu trop), mais reste intéressant. User d’un personnage secondaire souvent ignoré et qui sert seulement à la dynamique d’un travelling, sur une lumière, un élément plus lent ou rapide que prévu ou encore sur des attentes dans un plan qui se réalisent dans un autre, c’est a priori ce qui a été voulu ici. La gestion des silences est aussi plutôt bien pensée, quand bien même la bande son elle même est… hum, disons qu’elle existe et qu’on ne va pas lui en demander plus.

Pour ce qui est des acteurs et personnages qu’ils incarnent ou de leur histoire… et biennn. À l’image d’une photographie en deçà du premier opus – comme beaucoup d’autres choses – on a été rétrogradé d’un monolithique Daniel Radcliffe à une poignée d’acteurs tout à fait honnêtes sans être transcendants. Les enfants jouent convenablement, mention spéciale à l’acariâtre directrice et au personnage principal, Eve Parkins (Phoebe Fox) en enseignante plutôt juste. En dehors d’eux et particulièrement en ce qui concerne le pilote, Harry Burnstow (Jeremy Irvine), on frôle l’overdose de clichés et la limite du surjeu. Du look à l’histoire de « je-suis-un-pilote-blessé-et-tu-dois-sûrement-me-trouver-pitoyable-mais-en-fait-ma-fragilité-me-rend-bizarrement-attirant-selon-une-logique-d’accessibilité-du-viril-et-du-coup-tu-m’embrasses », pour en arriver au mouvement chevaleresque en guise de grand final, rien ne nous est épargné. Ajoutons à cela la romance bien présente sonnant tout à fait faux ; l’histoire du trauma de la perte d’un bébé pas du tout assez/bien exploitée ; l’enfant mutique à la Shining ou à la The Omen qui tire la tronche, mais qu’on se tue à sauver pendant que tout le monde crève autour. Tous les fonds de tiroir sont là.

CritiCluster - Critique Film Horreur - La Dame en noir 2

Plus conventionnel tu meurs ! En parlant de mourir…

Une note finale « positive » et trop classique n’aide pas plus à voir ce film comme novateur. L’intervention de Harry à la fin est même complètement absurde au niveau du timing, du comment de son arrivée sur les lieux (il court vraiment très vite), de son savoir inné d’où plonger, etc… (sans parler du problème du côté chevaleresque déjà évoqué, bien entendu). De même pour les très gros plans sur des objets flippants déjà utilisés dans le premier film, la sensation est qu’ils sont réutilisés à l’excès et sans vraiment penser cette pratique. Il semble que seuls les plans et sursauts ont été réfléchis au dépend de tout le reste, particulièrement des personnages et du scénario. Ce qui est… plutôt problématique.
La scène du retour au manoir vide, de l’examen des lits par Eve, de ses épisodes oniriques et du dernier d’entre eux qu’elle a, bien éveillée, restent pourtant des atouts majeurs vraiment convaincants, mais complètement sous-exploités et extrêmement tardifs surtout !

Bref, en dehors des essais de contre-temps, de plans originaux et de quelques usages intéressants de tours classiques, on nage dans une grosse combinaison laissant un goût de mélange inachevé, d’un film encore en post-production. Quelques trouvailles donc, noyées dans de l’à-peu-près foutraque. Heureusement que tout ce beau monde récite les paroles d’Enter Sandman de Metallica, sinon on serait sorti lésé de la projection. Comment ça c’est une véritable prière ? Nan, désolé, elle est super lugubre, personne ne dirait ça avant d’aller se coucher ou pour se rassurer… si ?!

CritiCluster - Critique Film Horreur - La Dame en noir 2

Peekaboo

Dommage que cette production repose en définitive sur une prière et trois ou quatre scènes pour autant de bonnes idées. C’est largement insuffisant pour marquer les mémoires. Vivement l’absence d’un troisième volet qui verra probablement le jour étant donné l’amour des trilogies qui semble contaminer tout Hollywood. À moins que le facteur pognon en décide autrement.

Navigation dans un article

Ajoutez votre cluster

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :