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Critique de The Lazarus Effect, une Lucy passée du côté obscur

Criticluster - Critique film - The Lazarus EffectL’idée de base de miser sur le mythe de Lazare revenant d’entre les morts – et ramenant au passage un petit détail pas cool, sinon ce serait moins drôle – reste plutôt efficace pour un film d’horreur. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’elle est utilisée puisqu’un Lazarus Project en usait dès 2008. De même le retour de la « mauvaise âme » ou le « mais ce n’est plus X dans ce corps, coupe lui la tête John ! » n’en finit pas de fasciner en tant que ressort fatigué, mais toujours efficace. Aussi ce qui était de rigueur était surtout l’originalité et l’efficacité pour un film au budget plutôt mince et devant donc se montrer inventif. Ça, c’est ce qu’il aurait fallu faire. Lazarus Effect, lui, a en revanche considérablement déçu, peut-être à tort sur certains points, mais déçu tout de même.

Assez souvent, ce que les spectateurs attendent d’un film d’horreur, c’est de l’effroi, du sursaut, de la sueur froide. Bref, ils veulent de l’émotion forte et une semi crise de tétanie. Plutôt logique me direz-vous, aussi étrange que cela puisse paraître. Et logique, ça l’est, d’où la déception ici. Mais à l’image d’un It Follows qui aborde différemment l’épouvante – avec un peu moins de jump scares, de « mais pourquoi tu fais ça, non pas par lààààà » et un peu plus de psychologique – le projet ici relevait davantage de l’exploration scientifico-onirique que du bain de sang.

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Un PC apparemment flippant

Tant mieux en un sens, parce qu’aussi discutable que puisse être le métrage, le genre entier souffre de mécanismes fatigués et de démarches copiées. Ce qui peut être perçu comme un échec d’adhésion à ce qui « fonctionne », l’est ainsi en partie, mais convoque également beaucoup de choses d’un intérêt indéniable. Des choses pas nécessairement pensées par David Gelb, mais présentes malgré tout.En somme, faire peur et faire réfléchir ne se limitent pas à quelques « bouh » et un grand sac de frayeurs simplistes propices à l’arrêt cardiaque. Cela peut aussi se situer du côté d’une angoisse plus subtile, plus profonde et psychologiquement dérangeante. Ce n’est pas dire que ce Lazarus Effect devient tout d’un coup un chef d’œuvre et qu’il ne reprend pas les clichés de la possession, d’une âme « contaminée », ou simplement qu’il est irréprochable et un bijou d’angoisse, loin de là. Certaines des critiques dont il fait l’objet sont, bien sûr, légitimes. Mais dans le même temps ses qualités ne lui sont absolument pas reconnues.

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Première étape : le chien un peu perdu, mais qui ne fera jamais grand chose

Niveau pitch, du grand classique donc : une équipe de scientifiques – en partie filmée par une étudiante – tente de ramener à la vie des êtres décédés ou, à minima, de mettre au point un sérum permettant de prolonger la vie et ainsi permettre des interventions médicales autrement impossibles. Côté personnages, pas de grande nouveauté non plus avec un couple principal dont l’un est traumatisé, deux étudiants super potes et une jeune « innocente » censée sauver la mise. Le tout posé sur fond d’institut de recherche qui ne tardera pas à se faire racheter par une grosse firme pharmaceutique faisant tout pour se faire détester une fois l’expérience devenue une réussite.

Les premiers tests se font évidemment sur des cadavres d’animaux, puisque bon, on se fout un peu du résultat que cela peut avoir sur leurs cerveaux à eux une fois ranimés. L’escalade vers l’humain venant assez rapidement une fois Zoé (Olivia Wilde) malencontreusement électrocutée lorsque leur recherches sont, disons le clairement, volées par cet autre laboratoire. Une fois dépossédés de leurs travaux, avec un sujet humain sous la main et un mari éploré se foutant éperdument des risques et de l’éthique, quelle meilleure preuve de leur réussite que de la ramener à la vie ? Qu’est-ce qui pourrait aller mal alors que le chien ranimé juste avant est un lunatique psychopathe au super cerveau ? Encore une fois : très classique et prévisible à la limite du soupir d’exaspération ? Ah non, limite dépassée en fait malgré le personnage de Clay qui, pour une fois, exprime des doutes plus que raisonnables et que tout le monde a en tête.

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Sûr que percer son crâne et y mettre une substance expérimentale ne peut que bien tourner

Et pourtant, le casting n’est pas à blâmer. Il est plaisant de retrouver numéro treize… pardon, Olivia Wilde, Donald Glover ou encore un Evan Peters se déplaçant à vitesse normale. Bien que limités par des personnages pas forcément à leur hauteur, leur performance est honorable. Côté science, Lazarus Effect se révèle être tout ce que Lucy de Luc Besson n’a su accomplir. Aussi agréable que ce dernier a pu être et malgré les millions qu’il a engrangé, il péchait particulièrement du côté du mythe des 10% de cerveau utilisés uniquement. Lucy activant progressivement les 100% et devenant plus ou moins une divinité. Tout le film découlant de cela, les problèmes de théories que l’on sait inexactes et de facilités de scénario grossières sont plutôt problématiques du côté de Besson. Cela nuisait grandement à la qualité de l’ensemble, comme si quelqu’un basais toute une intrigue sur le fait que l’eau est un gaz ou les gorilles des poissons. C’est inexact et il faut envoyer du lourd pour qu’un public adhère (enfin normalement).

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Le grand classique du drap qu’il va forcément falloir retirer

Là entre en scène The Lazarus Effect et une opposition science/religion bien plus intéressante et rectifiant presque point par point les erreurs de Lucy. À croire que David Gelb, Jeremy Slater et Luke Dawson ont quasiment réalisé le film uniquement pour cela. Ce qui est une réaction légèrement disproportionnée pour tenir un débat – surtout niveau budget – mais compréhensible. D’aucuns ont énoncé que c’était beaucoup de dialogues pour peu de rythme, faisant commencer le film bien trop tard et le rendant inégal. Assertion partiellement vraie, il n’en reste pas moins que les discussions de vulgarisation – au grand dam de ceux voulant des monstres, du sang et de l’action – profitent à une science qui en sort au moins plus fidèle et captivante. Dans le même temps, la part de fantastique au delà des faits connus devient alors plus crédible lorsque les choses tournent mal autour du fameux sérum. Plus de crédibilité et donc de « réalisme » et d’ampleur, c’est plus d’immersion, de substance et un meilleur objet culturel. Or les critiques étaient loin d’être aussi acerbes autour d’un Lucy pourtant extrêmement fade, tiède, sans épaisseur et convenu usant de beaucoup d’action ou mécanismes le rendant efficace et « catchy », mais extrêmement pauvre.

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Elle inspire la sympathie… non ?

Ainsi nous est-il expliqué que nous utilisons bien toute cette matière flasque logée dans notre boîte crânienne, mais seulement par « chunks » ou « clusters » de 10% à la fois, d’où la confusion initiale. Viennent ensuite les théories d’une évolution lente et des possibilités ouvertes pour de futures capacités humaines. Enfin, si l’Humanité survit quelques milliers ou millions d’années. Étant donné que ça semble mal parti, accélérer le processus paraît être une vraie bonne idée lorsque l’équipe constate que le sérum ramène d’entre les morts, mais octroie également des capacités mentales inédites. Bien plus crédible que la bluette de Besson, Lucy devient ici sombre, plus troublante et badass au possible dans la peau d’une Zoé à l’intellect ultime et à l’agressivité n’étant pas en reste. Parce que, évidemment, cela vient sous forme de lot avec une clause « désire tuer tout ses proches dans un délire paranoïaque aigu » en prime. Pour autant on se surprend éventuellement a essayer de comprendre ce nouvel être lisant dans les pensées et percevant la haine et l’effroi des autres. Le meurtre est une réaction un rien excessive – si peu – mais Zoé reste prête à croire que l’on tient à elle malgré sa légère bipolarité, les mensonges des autres et leur désir de la supprimer également. Loin du simple démon revenu à la place de l’âme humain, le résultat n’en est ici que plus complexe entre réaction physiologique à la médecine et traumatisme confinant à la schizophrénie, l’idée vaut d’être creusée.

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Il a changé Merlin l’enchanteur…

De même, l’opposition science/ religion interroge quant à elle l’existence d’une âme indépendante, un possible « endroit » où elle irait et d’où l’on pourrait la faire « revenir ». L’enfer est évoqué d’une manière déjà vue, mais intéressante et bien amenée. Discussion scientifico-théologique non sentencieuse, sa conclusion est laissée ouverte et à la discrétion de chaque spectateur. On notera tout de même que ce sont la croix et l’alliance – toutes deux métalliques et ici liées à la religion – qui donnent le choc fatal à une Zoé qui héritera d’une sale conjonctivite.

Côté références, on ne peut s’empêcher d’avoir en tête les expériences hautement discutables d’un certain docteur Frankenstein, la manette gérant le courant électrique faisant très « vieille école » du scientifique « fou ». Référence complétée par une ambiance à la Silent Hill avec matérialisation de cauchemar à la clef, le tout donne le ton sans tomber dans le plagiat pur et simple. Entre réalités parallèles et illusions psychiques, il y a, notamment sur certains plans, de quoi être exalté. Certaines scènes sont particulièrement bien maîtrisées avec, entre autres, des rotations de caméra autour des personnages et de Zoé du plus bel effet pour le budget disponible.Techniquement et en passant, notons que c’est elle qui meurt en premier. Mais, ramenée d’entre les morts, elle tuera Donald Glover assez rapidement. Dommage, le vieux cliché est sauf.

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Une petite carence en vitamine D, mélanine et gravité a priori

Une fois Zoé en arrivant à un certain stade de « pétage de plombs », Bane et le Titan viennent aussi à l’esprit lors des injections massives de sérum. Enfin, une possible armée de supers êtres se sentant mal aimés, tourmentés par un passage en enfer et très agressifs semble sur le point de voir le jour à la toute fin. Humanité augmentée (et un peu dérangée) ? Armée de super-zombies ? Transhumanité alternative aux cyborgs et autres androïdes ? Quelle éthique pour l’ensemble ? Quelle implications psychologique face à des personnes ayant « vécu » l’impossible et aux capacités hors normes devant s’adapter ? Car après tout et malgré qu’il soit précisé que ce ne sont « plus les êtres partis qui sont revenus », le doute plane et penche davantage vers une véritable nouvelle identité interrogeant un rapport à l’autre, à l’inconnu, à la folie, aux traumatisme. Bref beaucoup d’ouvertures pour un film aux nombreux clin d’œils plus ou moins volontaires et au twist final surprenant.

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Un petit crochet par le dermato peut-être ?

Loin de trop emprunter, The Lazarus Effect garde ainsi une identité, une certaine cohérence et une force indéniable. Alors certes, certains plans sont ridicules, voire trop long, notamment sur les hurlements assez mal rendus (joués ?). Oui, le rythme global a quelque chose d’étrange, dialogues d’expositions mis à part. En effet, le chien est sous-exploité, sacrifié et on sent poindre un épisode deux potentiel. Et, bien sûr, l’originalité n’est pas ce qui étouffe le film. Mais il demeure qu’au niveau des idées et de certains rendus plus que convainquant, cette production fourmille de points positifs et mérite un peu plus de crédit que ce qui lui a été donné. Au moins un minuscule pourcentage de l’immense reconnaissance – largement imméritée – de l’approximation Besson. Car si The Lazarus Effect pèche par l’exécution, il brille par des éclairs de pensée. Et ça, c’est assez rare en horreur pour le noter, son principal défaut étant certainement de ne pas avoir su exploiter correctement ou pousser assez loin ses ambitions.

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Aie confiannnnnnce

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